A Travellerspoint blog

Carretera Austral

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Conversation entre Rafa et Jaime :

"Au fait Rafa, on a surement un pote français qui va faire le voyage en vélo avec nous."

"Ah ouai?"

"C'est un mec qu'on a rencontré au volontariat, il nous rejoint à Chaiten"

"Il sait pédaler ce gars?"

"Euh... j'sais pas trop, j'imagine que oui, c'est un français quoi..."

"Il a quoi comme vélo? Et il est au courant que la route la bas c'est que de la terre?"

"Qu'est ce que tu veux que j'en sache? Aller t'inquiète pas ça va bien se passer."

Quelques jours plus tard, dans la tente.

"Putain Rafa y'a un chien qui est en train de vomir contre la tente..."

''T'es sur? On dirait que c'est votre pote."

"Mais non c'est le chien, j'lui ai donné un bout de poisson, mauvaise idée."

"Le français aussi il a bouffé du poisson. Bref, on verra ça demain."

"T'inquiète j'te dis. Aller bonne nuit."

C'étais pas un chien, c'était moi. Le lendemain a été sympa, première journée de vélo, avec le ventre encore bien fragile, heureusement on a fait peu de kilomètres. Première étape d'un voyage de dix jours sur la Carretera Austral, cette route longue de 1200 kilomètres (on en fera 400 en vélo), la majeur partie non goudronnée, vitesse moyenne des voitures 50km/h, plutôt 10km/h pour les vélos. La carretera est relativement peu utilisée - il peut passer une heure sans qu'aucune voiture ne se fasse entendre - bien que ça soit l'unique route chilienne qui relie les villes du Sud au reste du pays.

Pour mes trois compagnons de route et moi, c'était notre premier "grand" voyage en vélo. On a croisé un espagnol parti depuis 8 ans avec son vélo, donc forcément notre petite aventure d'une semaine peut paraître ridicule. Mais bon c'est pas parce que dimanche matin t'as croisé Michael Phelps à la piscine qu'il faut que ça t'empêche d'y retourner le dimanche suivant.

La c'était pareil, enfin presque.

En avant pour le sixième jour, on étudie la carte. D'après la légende le petit trait rouge correspond à une route goudronnée. Donc selon la carte, Jaime, Diego, Rafa et moi devons nous tenir sur un ruban noir large de 10 mètres, bien lisse, confortable, avec des pointillés jaunes au milieu. Sauf que nous nous trouvons sur une piste caillouteuse, truffée de nids de poule, ondulante à souhait, et pas le moindre signe de goudron à l'horizon. A vrai dire on aurait du s'en douter car la veille c'était pareil, la carte nous annonçait du bitume et on l'a cherché toute la journée. Le bureau de réclamation de la Copec (ceux qui font les cartes) est bien trop loin donc on se met en route tranquillement, vers le sud.

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Je vous ai pas encore parlé de ma monture. Pour décrire ce vélo, le chilien dans son langage châtié utiliserait la phrase 'es una mierda'. C'est vrai que je l'ai acheté pas cher à Santiago, sans penser qu'un jour je l’emmènerai en voyage. Marque Oxford, cadre en acier, lourd sans même être solide, aucune suspension et dix fois trop petit pour moi. En partant je me disais "si jamais tu galères trop, tu peux toujours laisser le vélo au bord de la route et continuer à pied". Mais malgré tous ses défauts je m'y suis attaché et j'ai bien envie d'arriver avec jusqu'à Coyhaique.

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Il était midi quand on a commencé à pédaler. Malgré tous nos efforts on arrive jamais à décoller avant 11h. On longe un fleuve pendant une dizaine de kilomètres donc ça grimpe pas trop. Sur le côté de la route, tous les 20 mètres, il y'a des petites bornes. Ou plutôt, une planche jaune avec des numéros peints à la main. 37 220. 37 240. 37 260. A 13h j'ai vu passer la borne 40 000. Dix minutes ont passées et je cherche la borne suivante. Enfin elle apparaît : 41 500. C'est pas possible, j'ai du me tromper, seulement un kilomètre et demi? Et pourtant oui, 41 520, 41 540. Je fais rapidement le calcul dans ma tête, encore 60 kilomètres, on va arriver vers 19h-20h. Et c'est pas comme si je pouvais balancer le vélo dans le bas côté, tremper mes pieds dans un ruisseau, fermer les yeux et attendre que sonne 20h. Non non non, 20h c'est seulement si on continue à pédaler au même rythme. J'essaye de fuir les panneaux - 41 940, 41 960, bientôt un kilomètre de plus! - mais c'est tentant de les regarder passer.

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En milieu d'aprem les choses se gâtent, la Côte Morga pointe son nez (elle était bien indiquée sur la carte la coquine...). Virage après virage ça monte. Ça monte tellement que lorsque je m'arrête pour faire le plein d'eau, je suis obligé de faire demi tour, descendre quelques mètres pour prendre de la vitesse avant d'attaquer de nouveau la côte. Le défilé des bornes jaunes à sérieusement ralenti, j'ai peur de refaire mon calcul. A la place je fantasme nourriture. Et oui en vélo j'ai tendance à éloigner mes pensées du pape, du réchauffement climatique et des tibétains. Les premiers jours je songeais à l'assiette de pâtes du soir, accompagné de la traditionnelle sauce tomate et de la conserve de thon. Je vous assure c'est fameux. Du moins les premiers jours. La je commence à avoir envie de variété (je suis mauvaise langue, avant hier on a échangé les spaghettis pour du riz, toujours avec sauce tomate et thon...). Un hamburger, comme il faut, la rondelle de tomate, une feuille de salade, le cornichon, la viande cuite à point. Et une salade de fruit en dessert. Donnez moi ce que vous voulez, pourvu que ça n'ai pas passé les 6 dernier mois dans un sachet sous vide. Et avec ça en tête je continu à pédaler (sans savoir que le soir même on mangerait des pâtes avec de l'huile, c'est tout ce qu'il nous reste). Je pense aux trois choses cool quand on voyage, manger bien sûr, mais aussi prendre une douche et dormir. Est ce qu'on va planter la tente sous un pont comme hier soir?

Le cadre grince et je jette un coup d’œil à la fissure, elle a pas l'air d'avoir évolué. A l'université on nous apprend que "Une fois que la fissure atteint la taille critique, elle se propage alors de manière catastrophique." C'est quoi la taille critique? Et catastrophique ça veut vraiment dire catastrophique?

Enfin la route s'aplanie, pas tout à fait la descente mais on s'en approche. Tout compte fait on arrivera pour 19h. Pâtes, dodo, douche et demain on recommence!

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Posted by vlejay 11:36 Archived in Chile Tagged road bicycle bike trip dirt patagonia carretera austral

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Comments

Hurra Lilla! jag är så stolt över dig! :D

by Lilla lilla

merci Victor pour ce récit de vos aventures, c'est dépaysant ! effectivement, on s'habitue vite à l'asphalte, à vélo.
Hâte de connaitre la suite,comment t'as continué avec ton cadre fêlé. J'avais eu un cadre dé-soudé il y a fort longtemps et j'avais pu le faire réparer dans un garage automobile.
Bises de tonton Loïc

by loic

ça c'est mon baroudeur !

by Paul K

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